La précarité menstruelle

Me rendre compte que j’étais une privilégiée lorsque j’ai percuté sur le prix de certains médicaments ou protections hygiéniques, m’a vraiment mis un coup. Même si je m’étais déjà sensibilisée à la précarité menstruelle, j’ai vraiment voulu m’engager aussi dans ce combat là. J’ai notamment adhéré à l’association Règles Elémentaires en organisant des collectes de protections hygiéniques.

On parle de précarité menstruelle par le manque d’accès aux protections hygiéniques. Le plus souvent par manque d’argent. Cela touche notamment les femmes sans abri, les étudiantes, les femmes en situation précaire, les femmes détenues en prison mais aussi les hommes transsexuels, les personnes non binaires. Nombreuses d’entre elles doivent faire des choix entre s’acheter des protections ou manger. De nombreuses étudiantes se voient obligées de rater des cours ou examens faute de protections. Il y a aussi l’accès à des points d’eau pour les sans abri à prendre en compte. Elles ne peuvent donc pas avoir de protections alternatives comme des cups menstruelles (qu’on doit stériliser entre chaque pose) ou des serviettes lavables ou culottes menstruelles.

Actuellement, on compte dans le monde plus de 500 millions de femmes soit une femme sur 10. En France, c’est 1,7 million de femmes qui souffrent de précarité menstruelle (source IFOP 2019).

En terme de chiffre, cela varie d’une étude à une autre mais le journal Le Monde a calculé que pour un flux moyen, en prenant compte les protections hygiéniques et les anti-douleurs, cela reviendrait à 3800€ pour toute la vie d’une femme. Et donc en moyenne 10€ par mois. Cela peut paraitre dérisoire pour certains mais pour d’autres c’est le prix de plusieurs repas ou de livres pour étudier. Et encore, là on parle de flux moyens. Imaginez pour une femme atteinte d’un fibrome par exemple quand elle saigne une vingtaine de jours par mois, qu’elle a des métrorragies quotidiennes, qu’elle doit changer sa serviette grand flux (donc plus chère) toutes les heures ? J’aurais du calculer combien exactement cela me coutait mais j’étais bien loin des 10€ par mois. A la fin, le paquet de 28 serviettes Always me faisait 3 jours à peine. Et encore, j’arrivais à les trouver au Lidl moins chères mais à la fin j’ai du arrêter car elles me donnaient des démangeaisons donc je suis passé à des protections dites green mais plus chères. Et là aussi je me suis sentie privilégiée mais peinée de pouvoir me les payer. J’ai pensé à toutes les femmes qui sont obligées de se prendre des saloperies de protections premier prix. Je pense faire un article d’ailleurs sur les différentes marques et leur composition. Ça fait peur…

Les conséquences peuvent être dramatiques et ne devraient surtout pas avoir lieu. On parle d’exclusion ou de décrochage scolaire pour les étudiantes mais aussi d’infections dues à un défaut d’hygiène. Combien de femmes en sont obligées à se fabriquer des protections en papier journal, papier toilettes, gants en éponge ou pire encore, comme en prison où se fabriquent des cups en bouteilles en plastique ? Non, cela ne devrait pas arriver. Et on peut aussi parler de la souffrance psychologique que ces femmes endurent, ne pas pouvoir se sentir libres, être encore une fois contraintes par quelque chose qu’elles n’ont pas demandé, la perte de confiance et d’estime de soi, la dévalorisation…

Aujourd’hui, le sujet est de moins en moins tabou et la révolte commence à se lever. Des pays ont déjà amorcé le sujet et propose des actions salutaires pour les femmes. En Ecosse, le pays distribuera gratuitement serviettes et tampons dans les lieux publics et scolaires. A New York, elles sont aussi gratuites dans les établissements scolaires, pénitenciers et pour les sans abris. Le Royaume Uni a supprimé la taxe tampon.

En France, la LMDE (mutuelle étudiante) rembourse les protections hygiéniques. Je voudrais saluer encore une fois l’association Règles Elementaires qui, depuis 2015, a déjà distribué plus de 4 millions de protections et dont on voit les collectes fleurirent un peu partout. On pourra aussi saluer l’émergence sur les réseaux sociaux d’initiatives pour sensibiliser contre cette précarité.

N’hésitez pas à vous rapprocher des collectes proches de chez vous ou organisez en une !

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